Les actus
Arts et culture
La Piscine se mouille

Si l'on
devait trouver un lien entre les deux expositions, ce serait d'abord la
diversité des formes d'art auxquels ces deux artistes ont touché.
Débutons la visite par Michel Delporte, celui qu'on appelait «
l'historien » du Groupe de Roubaix. Bruno Gaudichon revient sur cette
bande d'artistes : « Dans les années
1950, de riches industriels roubaisiens soutiennent une création
audacieuse qui va prendre le nom de Groupe de Roubaix, avec des artistes
comme Eugène Leroy ». En 1997, les riches collections sont
revendues, dispersées, et heureusement rachetées in extremis par la
Ville de Roubaix. En 1998, Bruno Gaudichon présente pour la première
fois 135 oeuvres du Groupe. Il y fait la connaissance de Michel
Delporte qui, à sa mort en 2001, lègue au musée toutes ses oeuvres.
Après des années de tri, la présente exposition en est le résultat.
Dépeindre sans peindre Ce qui frappe chez Michel
Delporte, c'est donc la variété de ses talents. On découvre dans les
couloirs ses oeuvres picturales ou des séries à l'encre de chine,
marquées par l'influence d'un Picasso, d'un Hartung ou d'un Van Gogh.
Mais ce qui le définit par dessus tout, c'est le papier collé.
Déchirer, pour reconstituer, il compare cela en 1979 à « la virtualité
d'une peinture ». Il définit ainsi son travail: « les formes se découpent, se taillent, se détachent, s'arrachent : c'est une sculpture dans l'infiniment plat ». A partir d'un matériau de la vie quotidienne, il le transcende en oeuvre d'art.
Une vision peu académique de l'art Voilà l'autre
lien qui pourrait l'unir à Jean-Pierre Pincemin, objet de la seconde
exposition. Cet artiste n'en a pas toujours été un. Jeune, très tôt
déscolarisé, il travaille comme ouvrier. Mais ses visites fréquentes au
Louvre lui donnent l'envie de devenir critique d'art, puis de créer à
son tour. Selon Bruno Gaudichon, « il gardera de ce début atypique une soif insatiable d'apprendre. »
Cet autodidacte se fait remarquer à la fin des années 60 par des
créations gigantesques, des morceaux de tissus qu'il trempe dans la
peinture, qu'il découpe puis colle de nouveau, pour reconstituer une
image. Déconstruire pour reconstruire, cela ne vous dit rien ? Il
continuera à le faire sa vie durant, notamment avec les créations de
bois.
Redonner une place à l'artiste
Pourtant, en 1986, la critique qui l'avait encensé le délaisse. Pour
elle, avec la série « l'Année de l'Inde », où ses peintures abstraites
deviennent plus figuratives, il se perd. Bruno Gaudichon rejette l'idée
:
« grâce à la vision chronologique de ses oeuvres, on comprend qu'il n'y
a pas eu de rupture, mais une continuité dans les thèmes, les formes...
» Un artiste n'est-il pas là pour innover ? Jean-Pierre Pincemin
a toujours cherché a sortir des sentiers battus, même en 2002,
lorsqu'il peint avec un mélange d'huile, de sciure et de sable, qu'il
travaille à coup de décapant industriel ! Mais aussi dans son ouverture
aux arts appliqués, des céramiques et des tapis que l'on retrouve au
terme de la visite. Deux autres musées se sont associés pour sortir de
l'oubli cet artiste décédé en 2005, le musée des Beaux-arts d'Angers et
le Musée d'Art moderne de Ceret. Pratique :
Du 3 avril au 13 juin. A découvrir aussi : Catherine T. Dunoyer,
peintre plasticienne. La Piscine, musée d'art et d'industrie André
Diligent, 24 rue des Champs, 59100 Roubaix, tél. : 03.20.69.23.67. www.roubaix-lapiscine.com
Texte: Audrey WILLIART
|
Philippe Geluck
Ça vient de sortir
Le journal en ligne
|