C'est par une belle journée d'été que commence mon périple hors
du commun dans l'Audomarois. Il est 11 heures, j'ai rendez-vous Au Bon
Accueil à Salperwick avec Antoine et Rémi, deux jeunes facteurs en
barque. L'objectif ? Découvrir les différentes facettes de leur curieuse
activité. Antoine et Rémi, remplacent le temps des vacances scolaires,
Éric Favrel, le dernier facteur en France à réaliser sa tournée en
barque.
C'est donc en barque à moteur que nous commençons cette tournée pas comme les autres. Desservir une cinquantaine de foyers habitant le marais, telle est notre mission. Quelques soubresauts de moteur et la barque s'élance au fil de l'eau. 6 km/h maximum. Au-delà, on abîmerait les berges de cet endroit remarquablement préservé. Quelques minutes s'écoulent et M. Alonzo, premier habitant à être desservi, vient chercher son courrier sur le ponton. « Il y a le journal aujourd'hui ? » demande l'homme à nos deux jeunes. Rémi lui tend le quotidien et discute de la pluie et de du beau temps avant de reprendre la route ou plutôt le marais. Ici plus qu'ailleurs, le facteur semble être un véritable trait d'union entre les habitants et la ville. « Certaines maisons ne sont encore aujourd'hui accessibles qu'en barque. Bien souvent, nous sommes les seules personnes que les habitants voient de la journée » explique Antoine qui n'en est pas à sa première tournée en bateau. « J'aime le contact avec les gens. Nous nouons des rapports particuliers. Souvent, je suis obligé d'amarrer ma barque et d'entrer chez eux pour apporter le courrier. Ca crée des liens ».
Authentique et physique !
Il nous faudra deux bonnes heures pour réaliser la tournée et les péripéties ne se firent pas attendre ! Certaines maisons très difficiles d'accès nous donnent du fil à retordre. « Ca n'est pas un métier de tout repos. L'hiver, il faut parfois briser la glace pour avancer. Quand il fait froid, la tournée peut paraître très longue même avec un bonnet ! ». Cette fois, c'est la vase qui nous barrera le chemin. « Quand il fait chaud et sec, il y a beaucoup de vase et elle se prend dans l'hélice. C'est vrai que c'est plaisant de se balader en barque et de pouvoir contempler ce paysage mais ça n'est pas tous les jours facile. Ici, il faut faire attention aux chiens mais aussi aux cygnes ! Un jour, je me suis fait attaquer par un cygne, je peux vous garantir que j'ai fait de mon mieux pour déguerpir le plus vite possible » s'amuse Antoine. Tout semble en effet différent au coeur du marais. Le temps s'arrête. Seul le moteur du bateau rompt le silence qui règne en maître. Mais plus pour longtemps. Il paraîtrait que la barque électrique ferait sa grande apparition à Salperwick.


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